Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Un milicien Codeco (au centre) brandit des roquettes devant des soldats gouvernementaux qui prennent position sous les yeux d’une foule nombreuse, alarmée par l’incursion d’une centaine de combattants lourdement armés dans le chef-lieu de l’Ituri. Recrutant majoritairement dans l’ethnie Lendu, la Codeco (Coopération pour le développement du Congo) est accusée par les Nations unies de tueries massives et systématiques, décapitations, viols et autres atrocités relevant des crimes contre l’humanité. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac

Une milice meurtrière panique Bunia

Bunia, le 8 septembre 2020
Lecture : 11 min

J’ai reçu l’appel d’un ami vendredi 4 septembre, à 6 h du matin : des dizaines de miliciens Codeco s’étaient infiltrés dans Bunia à la faveur de la nuit. Armés de mitrailleuses lourdes, de lance-grenades, d’épieux et de machettes, ils s’étaient regroupés devant la prison de la ville pour exiger la libération de leurs camarades détenus.

Les habitants de la capitale de l’Ituri ont été pris de panique. Les attaques attribuées à la Codeco (Coopérative pour le développement du Congo), secte politico-religieuse armée issue de la population Lendu, ont causé la mort de centaines de civils dans la région depuis le mois de mars et le déplacement de plus de 200 000 personnes depuis le début de l’année, rapporte Human Rights Watch. Les miliciens Codeco ont commis des tueries massives et systématiques, des décapitations, des viols et d’autres atrocités pouvant relever de crimes contre l’humanité, selon les Nations unies

J’ai saisi mon appareil photo et trouvé une moto-taxi pour rejoindre le centre-ville. Le conducteur ayant peur d’aller plus loin, j’ai parcouru à pied le dernier kilomètre vers la prison, où se ruaient les forces de sécurité. À l’extérieur du bâtiment, une foule s’était massée autour d’une centaine de miliciens Codeco, eux-mêmes cernés par des soldats de l’armée congolaise. La situation était tendue.

D’abord, les soldats m’ont empêché d’approcher, mais un officier a fini par nous autoriser, moi et un autre journaliste, à travailler. J’ai photographié les combattants encerclés, la foule qui grossissait et les rues environnantes où des jeunes gens construisaient des barrages pour empêcher d’autres incursions.

Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Plus d’une centaine de miliciens Codeco lourdement armés se sont infiltrés dans le chef-lieu de l’Ituri, déclenchant la panique. Reconnaissables à leurs bandeaux blancs, les combattants ont cerné la prison centrale et exigé la libération de leurs camarades emprisonnés. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Plus d’une centaine de miliciens Codeco lourdement armés se sont infiltrés dans le chef-lieu de l’Ituri, déclenchant la panique. Reconnaissables à leurs bandeaux blancs, les combattants ont cerné la prison centrale et exigé la libération de leurs camarades emprisonnés. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Plus d’une centaine de miliciens Codeco lourdement armés se sont infiltrés dans le chef-lieu de l’Ituri, déclenchant la panique. Reconnaissables à leurs bandeaux blancs, les combattants ont cerné la prison centrale et exigé la libération de leurs camarades emprisonnés. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Plus d’une centaine de miliciens Codeco lourdement armés se sont infiltrés dans le chef-lieu de l’Ituri, déclenchant la panique. Reconnaissables à leurs bandeaux blancs, les combattants ont cerné la prison centrale et exigé la libération de leurs camarades emprisonnés. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Les troupes gouvernementales et la police réagissent à l’incursion d’une centaine de combattants lourdement armés de la Codeco dans le chef-lieu de l’Ituri © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Les troupes gouvernementales et la police réagissent à l’incursion d’une centaine de combattants lourdement armés de la Codeco dans le chef-lieu de l’Ituri © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Des soldats gouvernementaux prennent position devant une foule de jeunes en colère, après l’intrusion d’une centaine de miliciens lourdement armés dans le chef-lieu de l’Ituri. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Des soldats gouvernementaux prennent position devant une foule de jeunes en colère, après l’intrusion d’une centaine de miliciens lourdement armés dans le chef-lieu de l’Ituri. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Une foule de jeunes gens exprime sa colère après l’intrusion d’une centaine de miliciens lourdement armés dans le chef-lieu de l’Ituri. Certains portent des bandeaux rouges pour se distinguer des miliciens arborant des bandeaux blancs. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Une foule de jeunes gens exprime sa colère après l’intrusion d’une centaine de miliciens lourdement armés dans le chef-lieu de l’Ituri. Certains portent des bandeaux rouges pour se distinguer des miliciens arborant des bandeaux blancs. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Des jeunes habitants du chef-lieu de l’Ituri installent un barrage après l’intrusion dans la ville de combattants lourdement armés de la milice Codeco. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Des jeunes habitants du chef-lieu de l’Ituri installent un barrage après l’intrusion dans la ville de combattants lourdement armés de la milice Codeco. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac

Au début, l’objectif de la Codeco n’était pas clair. Dans la province de l’Ituri, accablée de violences depuis des décennies, environ 60000 personnes ont été tuées entre 1999 et 2003 lors d’affrontements entre les Hema, peuple d’éleveurs, et les Lendu, peuple de fermiers sédentaires. Tout le monde vit donc dans la crainte que le conflit se rallume. Certains éléments de la Codeco ayant accepté le mois dernier le principe d’un cessez-le-feu unilatéral, les bandeaux blancs qu’arboraient les miliciens suggéraient pourtant la possibilité d’un dialogue. Mais la foule grandissante enrageait de voir les forces de sécurité permettre à une milice accusée de massacres et d’atrocités de se promener tranquillement en ville. Au fil des heures de négociation avec des officiers supérieurs, les rebelles ont demandé de l’argent, des rations alimentaires et à être démobilisés dans le cadre de l’accord de cessez-le-feu.

« Ils disent qu’ils veulent déposer les armes, leurs bandeaux et leurs drapeaux blancs montrent qu’ils veulent la paix », a indiqué aux médias locaux le porte-parole de l’armée, Jules Ngongo. « Là où ils se sont regroupés pour leur démobilisation, rien n’était prévu et ils sont donc venus dans la 32e Région militaire pour être pris en charge. »

Moins compréhensive, la population civile a commencé à jeter des pierres sur les miliciens et à interpeller policiers et soldats, certains criant que si les forces de sécurité se refusaient à protéger la ville, ils prendraient les affaires en main. Des jeunes, arborant des bandeaux rouges pour se distinguer des bandeaux blancs, brandissaient des gourdins et en menaçaient les miliciens, qui agitaient en retour piques et machettes.

Un général est soudain apparu, qui ne voulait pas que la scène soit enregistrée. Il a donc donné l’ordre de nous arrêter, l’autre journaliste et moi-même. Des soldats nous ont empoignés et frappés lorsque nous avons refusé de leur donner nos appareils photos. Ceux qui s’occupaient de moi m’ont traîné dans l’allée entre deux maisons et m’ont boxé dans le dos avant de m’arracher appareil et téléphone. Puis ils ont effacé les photos, confisqué tout mon matériel et m’ont détenu pendant deux heures, alors que la situation s’envenimait sur le terrain.

Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Les troupes gouvernementales et la police réagissent à l’incursion d’une centaine de combattants lourdement armés de la Codeco dans le chef-lieu de l’Ituri © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Les troupes gouvernementales et la police réagissent à l’incursion d’une centaine de combattants lourdement armés de la Codeco dans le chef-lieu de l’Ituri © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Plus de 100 miliciens lourdement armés de la Codeco ont créé la panique en faisant intrusion dans le chef-lieu de l’Ituri. Après plusieurs heures de négociations avec les responsables locaux, les combattants ont été escortés hors de la ville dans des camions militaires. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Plus de 100 miliciens lourdement armés de la Codeco ont créé la panique en faisant intrusion dans le chef-lieu de l’Ituri. Après plusieurs heures de négociations avec les responsables locaux, les combattants ont été escortés hors de la ville dans des camions militaires. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Un soldat gouvernemental observe deux miliciens de la Codeco parmi la centaine qui ont fait intrusion dans le chef-mieu de l’Ituri. Après plusieurs heures de négociations avec les responsables locaux, les combattants ont été escortés hors de la ville dans des camions militaires. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Un soldat gouvernemental observe deux miliciens de la Codeco parmi la centaine qui ont fait intrusion dans le chef-mieu de l’Ituri. Après plusieurs heures de négociations avec les responsables locaux, les combattants ont été escortés hors de la ville dans des camions militaires. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac

Les forces de sécurité lançaient des gaz lacrymogènes et tiraient à balles réelles pour disperser des groupes de jeunes furieux et révoltés de voir la police et l’armée protéger des auteurs de tueries et de massacres alors qu’elles n’avaient quasiment pas protégé les populations.

En début d’après-midi, l’armée a fourni des sacs de riz et de l’argent à a Codeco, dont plus de 300 membres sont emprisonnés à Bunia. Selon le directeur de la prison centrale, aucun n’a été libéré vendredi.

Finalement, les miliciens infiltrés ont été embarqués sur des camions militaires et escortés hors de la ville sous les railleries de la foule.

Les forces des Nations unies, qui entretiennent en RDC leur plus importante opération de paix, ne sont pas intervenues mais sont restées en « état d’alerte avancée ». Un de leurs représentants m’a même aidé à remettre la main sur mon téléphone et mon appareil photo, et j’ai pu récupérer mes images à l’aide d’un logiciel.

Depuis vendredi, la confusion règne à Bunia et un sentiment de frustration monte vis-à-vis de l’armée et des responsables politiques. Les gens sont exaspérés de voir l’argent de leurs impôts ne servir à rien d’autre qu’à financer des miliciens meurtriers. La colère gronde dans la communauté.

Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Après plusieurs heures de négociations avec des responsables militaires, les miliciens de la Codeco ont reçu des sacs de riz, de l’argent et ont été escortés hors de la ville par la police et l’armée, sous les cris de colère de la foule indignée par leur incursion. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac
Bunia, RDC, 4 septembre 2020. Après plusieurs heures de négociations avec des responsables militaires, les miliciens de la Codeco ont reçu des sacs de riz, de l’argent et ont été escortés hors de la ville par la police et l’armée, sous les cris de colère de la foule indignée par leur incursion. © Dieudonné Dirole pour la Fondation Carmignac

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