Quatrième pays forestier au monde et deuxième pour les forêts primaires humides derrière le Brésil, la République démocratique du Congo abrite aujourd’hui 155 millions d’hectares de forêt tropicale, soit les deux tiers de sa superficie et plus de la moitié de l’immense forêt du bassin du Congo, qui couvre six pays africains. C’est dans l’est de cet immense territoire (près de quatre fois la superficie de la France) que la situation est la plus inquiétante. Sur les neuf parcs nationaux du pays, dont un seul est situé à l’ouest, ceux des Virunga et de Kahuzi-Biega concentrent aujourd’hui les menaces écologiques et climatiques, mais aussi militaires, , économiques, sanitaires, démographiques et sociales qu’affronte un des pays les plus pauvres au monde, Situés dans les provinces orientales du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, limitrophes de l’Ouganda et du Rwanda et ravagés depuis des décennies par des conflits extérieurs et intérieurs. Ces parcs et leurs habitants, animaux, arbres et plantes, subissent les effets négatifs conjoints de l’exploitation forestière et minière, de la production de charbon de bois, du braconnage d’espèces en danger, de l’empiètement agricole, auxquelles se mêlent milices armées, corruption et ravages de la pauvreté.
Les Virunga, plus ancien parc national d’Afrique (790 000 ha) créé en 1925 pour protéger les gorilles des montagnes et inscrit en 1994 sur la liste du patrimoine mondial en péril de l’Unesco, est aussi le plus dangereux au monde : plus de 150 écogardes y ont été tués en dix ans, sur un effectif habituel de 600, face à plus de 5 000 miliciens dispersés dans le sanctuaire forestier. Leur activité illégale la plus lucrative est « l’or noir », à savoir la production et la distribution quasi industrielle de charbon de bois issu de la déforestation, dont ils contrôlent les acteurs (bûcherons, charbonniers et vendeurs) et recueillent l’essentiel du profit, estimé à 35 millions de dollars par an et dont une bonne partie alimente la corruption. Faute d’électricité régulière, le million d’habitants de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu, a besoin de bois de chauffe, et aussi du bois de construction que lui fournissent des scieries souvent tout aussi illégales…
Deuxième site le plus important en termes de biodiversité, d’endémisme et d’espèces menacées – parmi 349 espèces d’oiseaux, 136 espèces de mammifères et 14 espèces de primates dont le gorille de Grauer - le parc national de Kahuzi-Biega (600 000 ha), créé en 1970, souffre de maux similaires : braconnage (de gorilles de Grauer et d’éléphants de forêt), exploitation minière clandestine (près de 1 000 sites répertoriés), exploitation forestière qui affecte entre 10 % et 20 % des surfaces, implantation illégale de fermes d’élevage et développement incontrôlé de plantations d’huile de palme, dont on connaît l’impact désastreux sur l’environnement.
Comme le montrent ici avec force les reportages réalisés par Guerchom Ndebo pour la Fondation Carmignac, les populations voisines des parcs et habitantes des forêts, prises dans l’étau de la précarité et de l’insécurité, survivent du mieux qu’elles le peuvent dans une nature violentée par la cupidité, mais aussi par la nécessité. Jusqu’à quand les richesses du Congo seront-elles une malédiction pour ses habitants ?